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( 9 septembre, 2009 )

Dis-leur aussi que je ne t’aime plus

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Une petite escapade. Seule. C’est la première fois. Elle a demandé l’autorisation, comme une enfant. C’est bête, elle craint. Elle craint d’être heureuse ailleurs. Elle craint que bientôt il ne soit même plus un souvenir. Une odeur peut-être et encore.

Sa main repose sur son bras comme s’il lui demandait d’attendre encore un peu. De ne pas le quitter trop brutalement. Elle n’ose pas bouger.

Elle aimerait qu’il la retienne. Qu’il la convainque. Ils ont tant à se dire! Elle aimerait que le temps fasse une escale. Qu’ils partent à reculons. Qu’ils recommencent. Comme avant. Elle aimerait ne pas partir. L’attendre encore.

◊◊Tu veux que j’aille te chercher quelque chose? Un coca? De l’eau? Tu veux venir à ma place. Avec cette fenêtre, tu risques d’avoir froid. Tu veux qu’on change? 

Non. Elle ne veut rien. Juste qu’il la laisse rêver. Qu’il se taise. Qu’il regarde ailleurs. Qu’il l’oublie un instant. Qu’il déchire cette toile qu’il a tissé et qui l’étouffe.

Elle veut partir. Un temps. Ou bien rester. Souffrir encore un peu. Terminer ce qu’ils avaient commencé. Vraiment, elle aimerait. Ou être déjà ailleurs .

◊◊A quoi penses-tu? Tu me donneras de tes nouvelles? Valérie a téléphoné. Elle voulait nous inviter dimanche. Tu entends?

◊◊Je pense que je vais y aller.

◊◊Déjà! Et les enfants? . Qu’est-ce que je leur dis? Et les maîtres? Je dis quoi aux maîtres?

Mais il leur dit ce qu’il veut. Il fait comme elle, il se démerde!  Il leur dit qu’elle est morte. Il leur explique comment il a pu oublier leur fils à l’heure du repas, par exemple.

◊◊Réponds ! C’est un peu facile ! Tu décides. Tu couds, tu découds, tu fais ce que tu veux. Et moi, je n’ai pas mon mot à dire. Je n’ai pas intérêt, d’ailleurs.

Hé bien, il devrait être heureux ! Il va être enfin libre d’elle. Il va pouvoir s’éclater.

◊◊Tu restes là comme un piquet. Tu ne me regardes même plus? Je suis moins qu’un chien pour toi . C’est ça ?

Elle ne sait pas. Il la fatigue. Il l’use. Ce n’est pas exceptionnel qu’un papa accompagne ses enfants à l’école. Il n’a qu’à inventer. Dire qu’elle est en Suisse, au chevet de sa vieille tante.

 ◊◊Arrête, s’il te plaît. Tu n’as qu’à dire la vérité. Que j’ai besoin de faire le point. Qu’il faut que je prenne de la distance.

Oui c’est ça, elle n’y avait même pas pensé : prendre un peu de distance.

◊◊Tu t’entends? Tu devrais t’enregistrer. Je ! Je ! Tu ne penses qu’à toi!

Sa voix conjugue les aigus. Il est pitoyable. Ils sont pitoyables.

◊◊Et les enfants? Un peu facile. Tu te casses. Tu nous jettes. A moi de gérer !

Gérer?!  Ça le changera.

◊◊Tu ne réponds pas. Je leur dis quoi aux enfants, à tes enfants? Maman s’est trouvé un Jules. Vous allez avoir un autre papa. Celui que vous aviez était trop con?

Elle a envie de hurler qu’elle veut juste réflêchir. Qu’il l’humilie. Qu’elle n’est plus sûre de l’aimer. Qu’elle sature de ses scènes à répétition. Qu’il lui fait peur. Que sa vie est un enfer. Qu’elle a oublié combien il la rassurait.  Qu’elle n’espère plus rien.

◊◊Je vis un cauchemar ! Je t’aime, moi ! Je n’aime que toi. Tu le sais ! Je t’aime comme un fou !

Un fou c’est le mot qu’elle cherchait. Il accroche son bras. Il lui fait mal. Elle essaie de se dégager. Il colle son visage au sien. Ses yeux la dévorent. Sa bouche aussi. Il ne l’embrasse pas, il la violente. Son baiser a le goût de la haine. On les regarde. Elle a hâte de partir, de fuir. Elle lui en veut.

◊◊Je t’aime! Ne pars pas. Tu veux que je me tue c’est ça? Dis-le, tu veux que je me tue? Tu me veux mort, hein ? Pour l’Autre. Tu m’as remplacé. Ne dis pas. C’est Samia qui t’a conseillée. Ta pute de copine!

Tiens! Il y avait longtemps qu’il n’avait pas évoqué Samia. Maintenant il crie. Les gens se retournent. Il crache son dégoût. Il la vomit.

◊◊Faut pas t’imaginer. Ça ne durera pas. Rapidement tu t’ennuieras. Tu reviendras. Mais ce sera trop tard. Je ne te voudrai plus.  

Je ne te voudrai plus… Les mots qui tuent.  C’est elle qui ne le veut plus. Maintenant.

Elle n’ira pas à Paris comme prévu. Elle va passer un coup de fil à Laura. Faut qu’elle récupère ses affaires, qu’elle organise sa nouvelle vie. Elle peindra son appart en blanc. Deux chambres. Au centre. Rue du Taur. C’est bien. Elle entendra les cloches de Saint-Sernin. Elle en rirait de plaisir s’il n’était si énervant. 

◊◊Tu me fais dire n’importe quoi! Je suis malheureux. Je n’en peux plus. Ne t’inquiète pas, tu seras bientôt satisfaite.

Oui, le chantage au suicide habituel. Elle connaît. Il couine. Il gesticule. Il s’agenouille. Ils sont carrément ridicules. Il s’affale. Elle a honte.

◊◊Ne me laisse pas ! Ne nous abandonne pas. Dis au moins quelque chose. Dis-moi merde, mais parle !

Maintenant, il sanglote. Une comédie à quatre balles. Un sous-spectacle. Lui, dans toute sa nullité. Il regarde si elle suis bien.

Elle ne suit plus. Elle vérifie son billet. Elle va se le faire rembourser. C’est fini.  Elle n’a plus envie. De rien. Sauf d’effacer.  

◊◊Dis aux petits que je viendrai les chercher dès que j’aurai trouvé où nous  loger. Dis-leur aussi que je ne t’aime plus.

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