( 20 juin, 2010 )

Papa….

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 Camille Pissaro 1872 offert par  @Scheiro sur Twitter

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C’était un jour comme un autre. Nous avions fini de manger. Tout était rangé. Les autres avaient organisé un jeu de cache-cache. Les autres : mes trois frères et ma demi-sœur.

Et me voilà cachée. Je me souviens que je ne savais pas ce qu’il y avait à faire. Je savais simplement que je ne devais pas bouger. J’étais tranquille, assise derrière la tenture. J’entendais la voix des adultes. J’étais bien. 

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Quand Marcelin m’a découverte, je lui ai fait un petit signe de l’index. Fallait rien dire. C’était trop bien!

C’est là que mon frère a eu l’idée du siècle : Tu n’as aucun papa. Papa n’est pas ton père. La preuve, il ne te gronde même pas. Tandis que nous… Surtout lui.  

Je trouvais que c’était bien triste de ne pas avoir de Papa. Encore plus triste que de ne pas être grondée. Alors j’ai voulu pleurer.

« Tais toi! Tu n’as pas le droit de faire du bruit. Viens!« 

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Et nous sommes partis, en courant, dans la rue. Mais sagement. Nous restions sur le trottoir et nous nous tenions par la main comme nous le recommandait Maman.

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La rue était longue, longue. Je me retournais souvent. La maison devenait toute petite. Je commençais à craindre.

« Je veux revenir. J’ai peur. Je ne veux plus. D’abord où on va ?
- Tais-toi! On va chercher ton papa. Je sais où il habite.
- C’est loin?
- Non! Juste là. »

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C’est quand on a tourné au coin de la rue que j’ai paniqué. D’abord je ne pouvais plus voir la maison. Et puis, nous étions dans une avenue immense. Des camions circulaient dans tous les sens. Les autobus semblaient des trains tant ils étaient longs. Et ce vieux monsieur qui semblait chercher quelque chose par terre. Et ce chien… 

Je me suis mise à pleurer : « J’ai faim! J’ai oublié mon doudou! Maman va nous gronder. Je veux revenir. J’ai froid! »  

Rien! Marcelin était sourd. Il me faisait mal. Il me tirait comme Khbibi tirait l’âne.

Khbibi! Il allait être très malheureux de ne plus me voir. D’ailleurs il me l’avait dit « Prends soin de toi. S’il t’arrivait quelque chose j’en mourrais. » Voilà! Il allait mourir. Parce que je sentais bien qu’il allait m’arriver quelque chose. Quelque chose qui me ferait mal. Et peur. La khata Moulana. Elle me mangerait. 

J’ai cessé d’avancer. Mais Marcelin m’a dit que la Vieille de Yennayer viendrait m’ouvrir le ventre pour le remplir de paille. Alors je me suis remise à trottiner. Mais sans entrain.

C’est là que j’ai entendu crier derrière nous : Sont là ! Sont là ! Là 

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Bien fait ! Marcelin se faisait frapper par Maman. Elle pleurait. Elle lui tirait les cheveux. Sale gosse ! Sale gosse ! Elle disait même des gros-mots en arabe. 

Moi, mes jambes ne voulaient plus obéir. Je me suis assise. Ou je suis tombée. Je ne sais plus.

Et c’est là que mon père s’est penché vers moi. « La poupette! Où tu allais comme ça? J’aurais fait quoi sans mon poussin? Hein?

Il m’a relevée et m’a assise sur ses épaules. C’était magique. Tout le monde était petit, tout en bas. Je crois bien que j’ai dit : Mon papa! Enfin… Je ne sais plus. En tous cas, j’ai dû le penser très fort.

Il a caressé mes jambes doucement.  »N’aies pas peur. Nous partons au bout du monde, mon bébé. Hue coco !… Accroche-toi bien aux cheveux de Papa »

Ha! Donc, Marcelin avait menti. C’était bien mon Papa….

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Notre père qui êtes aux cieux, restez-y. Moi j’en ai déjà un. Ce monsieur qui m’a relevée et assise sur ses épaules pour m’aider à grandir. 

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